5h30, Corinne part au boulot et nous laisse la clé. Comme Bora nous semble trop civilisée et trop touristique, nous avons l'intention de n'y rester qu'une journée. Nono s'impose donc. Nous avions déjà entendu que, parmi les nombreux "promène-touristes" qui proposent le produit "tour de l'île en pirogue", celui de Nono était le meilleur.
A 7 h Chantal téléphone chez Nono: Quelqu'un viendra nous prendre chez nous à 8h30. Parfait, Chantal profite du délai pour faire une grande lessive, de tout nos vêtements sales, c'est à dire de tout. Tout ne tient pas dans la machine, il faudra en faire une autre ce soir, mais comme cela nous repartirons sur des bases propres.
Un petit déjeuner sur le pouce, avec des restes de bananes et rillettes de thon, et le pick-up de chez Nono arrive pile à l'heure.
Il y a déjà un couple d'américains qui loge au Méridien. Ils sont ici depuis plusieurs jours et n'ont pas apprécié le mauvais temps. Ils trouvent Bora-Bora trop rustique et pas assez touristique. On n'a pas le temps de leur demander s'il leur faut un Mac-Do tous les kilomètres, nous sommes arrivés chez Nono, à la pointe Matira.
Le départ de la grande pirogue à balancier est à 9h30. Le temps de prendre les billets, on s'allonge sur la plage, à l'ombre, pour mettre double dose de crème solaire, la journée promet d'être belle avec un ciel aussi limpide que l'eau.
Chez Nono, les touristes défilent. A droite, un bateau vient de partir avec un groupe. A gauche, un moniteur montre le maniement du jet-ski à une vingtaine de personnes au dos rouge, puis les entraîne sur le lagon dans une queue vrombissante et joyeuse. Les chaises longues sont bien alignées, la plage ratissée, la liste des activités bien affichée, les toilettes bien nettoyées, les sourires bien naturels.
A l'heure dite, nous montons dans la grande pirogue qui démarre au ralenti. Nous ne sommes qu'une quinzaine, la moitié de la contenance du bateau. L'animateur en chef présente son équipe et commente le trajet. Il y a aussi un reporter qui va filmer toute la journée.
Premier arrêt: le "shark-feeding". Un mètre cinquante d'eau limpide sur fond de sable, un bateau avant nous dont les touristes rembarquent, et on se met à l'eau. -"Accrochez-vous à la corde,
et surtout ne la dépassez pas". Avec un petit frisson, les gens descendent à l'eau avec masque et tuba, et contemplent le ballet des requins de récif auxquels le guide jette des morceaux de poisson, puis -"maintenant, vous pouvez lâcher la corde" et les plus intrépides vont tenter de caresser les petits monstres gris à l'aileron noir. -"tout le monde remonte."
Un peu plus loin, c'est le "jardin de corail": l'eau est un peu plus profonde, il faut mettre les palmes, et les rochers coralliens y dessinent des paysages fantastiques, où grouillent toutes sortes de poissons. Le spectacle n'est pas franchement plus beau qu'en d'autres endroits, mais il y a un léger courant qui nous transporte sans effort jusqu'à l'endroit où le bateau nous attend.
Troisième arrêt, le motu Roa, où Nono dispose d'un grand faré conçu exprès pour le pique-nique polynésien. Pendant que nous nous baignons
l'équipe prépare le repas dans le plus grand secret, puis nous appelle. Notre guide nous présente les mets, étalés sur un grand buffet couvert de feuilles.
Nous nous servons dans des assiettes de feuilles de cocotier tressées. Il y a à volonté poissons crus et cuits, sauces, légumes banane, taro, igname, lait de coco, desserts.
Pendant que nous mangeons sous le faré, l'équipe s'est constituée en orchestre et gratte les ukuleles.
On n'est pas là pour faire la sieste. Démonstration de décoquillage de noix de coco par un jeune polynésien musclé, -"et maintenant c'est à vous." 3 malheureux touristes désignés par l'animateur s'efforcent de sortir la noix de sa bourre. Démonstration de tamuré:
une polynésienne de rêve vient onduler langoureusement en musique et nos vahinés essaient d'en faire autant, sous les rires des mâles. Mais c'est au tour des hommes d'essayer de suivre le jeune musclé qui fait des bonds en poussant des cris de guerrier Maohi et agite les genoux frénétiquement.
Les nanas sont pliées en deux. Hubert apprécie moins, car il a été gratifié par l'animateur d'un "vas-y papi". On a beau être retraité, on n'a pas encore l'habitude.
Encore une baignade, et le bateau repart. Halte à l'hôtel Méridien,
qui n'était pas prévue: Renseignements pris, les deux américains qui avaient embarqué avec nous ce matin avaient pris des billets pour la demi-journée, mais le bateau ne rentrait pas chez Nono à midi, il fallait donc qu'ils paient un supplément, qu'à la bonne franquette le bateau allait chercher à leur hôtel.
On repart pour voir les raies grises. Comme pour les requins, tout le monde à l'eau, debout sur le sable, et des quantités de raies qui viennent se frotter, et des chatouilleuses qui poussent des petits cris.
Dernière étape avant la fin du tour, les raies manta. Elles aiment les parties plus profondes du lagon, et deux plongeurs partent en repérage. -"Ca y est, vous pouvez y aller". Chantal reste dans la pirogue, c'est trop profond et impressionnant. Les raies sont là, à 15 ou 20 mètres de profondeurs, et avancent doucement, énormes et lentes comme une escadrille de bombardiers.
De retour chez Nono, le spectacle n'est pas terminé, voici la projection du film de la journée, où chacun se revoit et où tout le monde rigole. Les images sont belles, le montage professionnel, et il y aura un fond musical, pour seulement 5500 cfp. -"On la prend?" - "On la prend!" l'aimable cameraman accepte de nous envoyer la cassette par la poste au lieu de la faire livrer à notre hôtel.
Nous confirmons, le tour de Nono, c'est un bon produit.
Reconduits chez Corinne, nous avons à peine le temps de la voir, elle est invitée ce soir. Chantal fait sa dernière lessive.