Le Maupiti Express part à 8h30. Le monsieur de l'accueil du camping, après nous avoir vanté une dernière fois une super excursion, accepte de bonne grâce d'appeler une navette pour le port.
La traversée dure 2 heures, sur une petite houle. Depuis le début on voit l'île à l'horizon, toute proche. Mais ce n'est qu'au bout d'une heure et demi qu'on commence à voir les motu qui la bordent.
Le Maupiti Express est une vedette d'une cinquantaine de places, qui bouge nettement plus qu'un cargo. Une dame est malade dès le début et fait peine à voir. Nous faisons connaissance de deux gendarmes en vacances qui viennent passer le week-end avec leurs épouses à Maupiti et qui nous donnent quelques adresses, et nous prédisent un séjour magnifique. Nous nous sentons en vacances.
L'arrivée à Maupiti est féerique.
Le bateau avance lentement dans la passe et se rapproche de l'énorme rocher Hotuparapa, masse quasi verticale de près de 200 m qui domine le port.
Le port se limite à un quai, un hangar et une station-service. Une barge s'approche du Maupiti Express pour y transborder un chargement de pastèques.
Le préposé de la station vend aussi des sandwiches et des gateaux. Il nous explique que les pastèques sont cultivées sur les motu et qu'elles seront vendues à Bora.
Il y a aussi Simone, qui loue des vélos. Nous laissons nos gros sacs sous la garde du monsieur de la station et enfourchons les vélos.
Le village qui s'étire de part et d'autre de la route de béton, les maisons pour la plupart récentes (MTR, Reconstruites par le Territoire après le cyclone Osea de 1997) dans des jardins fleuris et ratissés tous les jours, coté mer ou coté montagne, les enfants qui sont un peu partout, pieds nus ou en savates (tongs, la chaussure quasi monopolistique dans les îles), et qui jouent sur la route sans déranger les voitures et scooters qui roulent doucement, tout le monde qui vous dit "bonjour" ou "ia orana" avec un signe de la main, aucun panneau publicitaire à part les frontons des épiceries (dédiés soit à la bière Hinano, soit à Coca-Cola), tout cela donne une impression de paix et d'harmonie. On se sent à la fois dépaysé et familier, on a oublié le décalage horaire, on se sent bien.
Après une heure de flânerie et quelques secousses (la route n'est pas bétonnée sur tout le tour) au bord du lagon sans plage, nous arrivons à la grande plage de Tereia, tout au bout de l'île. Il y a quelques maisons. On s'arrête à l'une d'elles, et la dame qui ratisse le jardin nous autorise à planter la tente sous un Purau, tout près de la plage. Si on a besoin d'eau, elle nous en donnera, pas de problème. Il y a des cocotiers à foison, et des cocos partout par terre.
Une demi-heure après, nous sommes de nouveau au village, pour déjeuner dans un snack. Il n'y a guère de choix, ce sera chevrettes panées et canard, avec Hinano pour Monsieur et jus d'ananas pour Madame. A une table voisine un couple de touristes qui séjournent à la pension Chez Floriette dont ils sont bien contents. On aborde les difficultés à trouver de l'argent. Maupiti ne dispose pas de distributeur de billets, et la banque Socredo ne vient qu'une fois par semaine, sauf quand il fait mauvais temps. Ils nous proposent d'échanger de l'argent cfp contre un chèque en francs, ce que nous acceptons aussitôt avec gratitude.
Au village nous croisons Simone, la loueuse de vélos. Elle tient une pension à l'autre bout de l'île, pas loin de Tereia, et si nous voulons, nous pouvons rendre les vélos soit au port, soit chez elle. Elle prendra nos sacs à la station et les rapportera chez elle. Du coup, on en profite pour réserver chez elle le repas du soir.
Dans une épicerie du village, on achète un coutelas (pour couper les cocos), du lait et du chocolat en poudre, des corn flakes, des spaghettis et du ketchup (beurk! Mais c'est la seule sauce du magasin qui puisse se conserver sans frigo). La petite vendeuse éclate de rire à chacune de nos questions, et répond avec gentillesse et application.
Continuant notre tour de l'île, nous arrivons à la seule côte. Même scénario qu'à Bora.
Puis nous arrivons, après avoir demandé à quelques maisons, chez Simone. Elle est en train de faire la cuisine, nos sacs sont là, un des pensionnaires prend sa douche dans une sorte de cabine devant la maison, deux petites filles jouent et viennent nous voir, pleines de questions: Comment tu t'appelles? Tu es dans quelle pension? ... Elles veulent nous accompagner à la plage pour nous voir planter la tente. Simone acquiesce, mais son tané nous prévient: "attention, ne les quittez pas de l'oeil, ce sont des rapides". C'est vrai qu'elles n'ont ni la langue ni les mains dans la poche. Elles veulent tout toucher, nous aider à planter les piquets, tout en continuant à poser des questions.
La tente est maintenant installée dans un endroit de rève.
Nous retournons chez Simone et faisons connaissance avec les pensionnaires: des jeunes mariés de Montpellier et un couple de hippies allemands. Le Tané de Simone, Monsieur Oui, allume des tortillons de pyrêtre anti-moustiques qu'il dispose dans l'herbe, tout autour de la table. Malgré cela, tous les pensionnaires se grattent les jambes. Oui nous fait un topo sur les vertus du monoi qui est censé éloigner les moustiques et calmer les démangeaisons. En fait il se laisse piquer et met du monoi après. Nous préférons notre bombe et nous pulvérisons abondamment chevilles, chaussettes et toutes les parties du corps exposées (cette opération aura désormais lieu tous les matins avant de sortir de la tente et tous les soirs à l'approche de la tombée du jour).
Simone apporte le repas, de Mahi-Mahi (Daurade Coryphène), aubergines, pâtes et glace. Chacun mange dans l'ordre qu'il préfère. De petits insectes volants zigzaguent un peu partout, attirés par la lumière. Ce sont, dit Oui, des Rhinocéros du cocotier, importés de je ne sais où mais qui commencent à faire des dégâts aux plantations.
Nous sommes rentrés à pied à notre tente, sous le clair de lune.
Nous démarrons notre première nuit à Maupiti dans un grand calme, mais nous devons nous familiariser avec les crabes qui ont tendance à se promener partout. Une bonne pichenette sur le toit et l'on entend le froufrou de plein de pattes qui détalent. Ils ne peuvent pas entrer dans la partie couchage, mais Chantal a poussé un cri au milieu de la nuit, lorsqu'elle s'est levée pour faire un petit tour dehors.
Puis le vent s'est levé, par rafales entrecoupées de périodes calmes. A chaque rafale de vent venant de la plage, un peu de sable entrait dans la tente. Il a fallu fermer l'auvent et mettre les sacs à dos devant le bas, mais le matin, aucun piquet n'avait cédé.
Notre Purau est un arbre merveilleux: il y a plein de petites branches pour suspendre tout ce qui doit être mis à l'abri des crabes et des fourmis, ainsi que pour faire sécher le linge.
Hubert s'entraîne au maniement du coutelas et le petit déjeuner sera agrémenté d'eau et de noix de coco, ainsi que de pastèque achetée hier sur le port. La mer est montée et la tente est à 3 mètres de l'eau. Pas de danger pour l'instant.
Chantal en s'habillant découvre que sa petite robe préférée est pleine de trous ronds de la taille d'un petit pois. Hubert a une petite cloque sur le coude. A part ça tout va bien et il y a un beau soleil. Hubert va chez les voisins pour chercher de l'eau. La voisine est en train de râper du coco. Elle va faire un plat en le mélangeant avec du manioc. Elle accompagne Hubert au tuyau d'eau et c'est le premier remplissage de notre réserve. Horreur! Le bouchon du haut fuit! Une réserve souple toute neuve de 10 litres, achetée au Vieux Campeur juste avant de prendre l'avion. Tant pis, Hubert ne rapporte que 9 litres et son dos mouillé. La réserve, pendue au Purau, sera quand même bien utile. On en extrait un litre pour mettre dans la gourde avec une pastille stérilisante.
Un peu de nettoyage dans et autour de la tente et nous chaussons les savates pour traverser le lagon. Un jeune couple nous a précédés et nous suivons de loin leur itinéraire. Il faut 3/4 d'heure de marche dans l'eau jusqu'aux genoux et parfois jusqu'à la taille pour arriver en face, au motu Auira. L'eau est limpide, il y a une bonne brise qui rafraîchit des ardeurs du soleil et crée un petit clapot. Le fond est de sable, avec de rares petits rochers, et nous croisons quelques raies qui se promènent.
Sur le motu, nous marchons sur la plage jusqu'à la pension Auira, Chez Edna. Celle-ci nous accueille avec un grand sourire. Elle vit peinardement ici avec son tané, un fils et un cousin, de la location de 4 bungalows. Quand il y a des clients, il y a de l'argent, et les jeunes peuvent aller au village faire la bringue. Nous réservons pour le repas du soir, mais nous hésitons à rentrer à pied de nuit dans l'eau. Ce n'est rien, dit Edna, mon fils viendra vous chercher et vous reconduira à votre tente en bateau, ça lui fera une occasion d'aller au village.
Comme nous voulons continuer à nous promener sur la plage, elle insiste pour nous donner une bouteille d'eau fraîche.
Sur la plage, nous marchons pendant plus d'un kilomètre sans rencontrer personne, sauf le couple que nous avions aperçu au départ. Elle est infirmière et va rentrer en France, il cultive des pastèques sur le motu, il nous en offrira une.
A l'approche de la barrière, les bancs de corail sont de plus en plus rapprochés. C'est pour Chantal le premier essai du masque. Après plusieurs séances de toux, elle peut enfin admirer les petits poissons multicolores.
Vers 14 heures, nous avons faim et commençons à sentir les brûlures du soleil. Le vent a augmenté et le clapot est formé de vaguelettes. Nous rentrons avec de l'eau jusqu'à la ceinture et la poitrine.
Le repas de midi sera composé de pastèque et noix de coco, avant une bonne sieste à l'ombre.
A 18 heures le petit bateau d'Edna arrive, et en 5 minutes on est à la pension.
Edna est aux petits soins: La cloque sur le coude d'Hubert, c'est une morsure de nono. Elle va chercher une pommade et l'applique soigneusement. Et pour frotter les piqures de moustiques, elle nous offre des citrons. La robe trouée, elle pense que ce sont soit les crabes, soit les puces de mer.
On parle de Maupiti, qui vu d'ici évoque une femme enceinte allongée, les pieds à gauche, le gros ventre au milieu et la tête à droite...
Elle met un disque de chansons tahitiennes.
Le tortillon est allumé, c'est le tané d'Edna qui sert: salade, Mahi-Mahi à la tahitienne, Mahi-Mahi en brochette avec deux sauces, pastèques. Il faut tout manger. Dans le bateau qui nous reconduit vers 20 heures, en pleine nuit, nous sommes pleins comme des bidons.
Surprise, en entrant dans la tente, nous y trouvons une énorme pastèque, au moins 15 kg.
A peine couchés, nous nous endormons.
Décidément, on abandonne le camping-gaz pour le petit déjeuner. Le mélange eau de coco+ chocolat+lait en poudre est plus savoureux et plus rafraîchissant. En plus, nous avons des bananes, données par la voisine.
En forme pour l'ascension du Teurafaiaatiu (ou tuupere, ou Tiriano, selon les guides ou les cartes)?
Nous avons des blessures aux pieds, dues à l'usage prolongé des savates dans le sable, des coups de soleil malgré les couches répétées de crème écran total, on a quand même du prendre trop de soleil hier.
Pataugas et pantalon, pas de difficulté pour monter sur la route jusqu'à la crête. Au premier virage, il faut prendre un chemin dans un jardin près d'une maison. Ca doit être là! Nous sommes rejoints par un couple de pensionnaires de chez Simone et entamons le chemin sous bois. Mais le chemin est de plus en plus encombré d'arbres couchés et entrelacés. Visiblement ce chemin n'est guère fréquenté. Heureusement nous rencontrons un autre chemin, qui celui là était le bon! Ca grimpe de plus en plus, les arbres cèdent la place à des herbes, il fait de plus en plus chaud, Hubert a mal au ventre, nos jeunes compagnons de route sont loin devant, mais le paysage est splendide. Nous admirons notre plage et le motu Auira.
Au bout d'une heure on fait une pause sous un grand manguier plein d'une ombre épaisse. Au loin les jeunes gravissent une pente raide et longent une sorte de falaise. Tu as envie de continuer? On décide de redescendre. Après un petit crochet dans les herbes hautes pour admirer la baie de Vaetia et le petit motu Paeao,
on va faire des courses au village en passant par la route sud.
Iorana! Nous croisons le couple de la veille, sur un scooter. Merci pour la pastèque, maruru!
Sur la route sud, les points d'ombre sont rares. Nous faisons une halte à chaque arbre, et dans le petit sac à dos, la gourde est presque vide. Il est midi passé. Nous ne croisons pratiquement personne Un petit écriteau marqué "Marae Vaiahu" nous conduit sous l'ombre épaisse de deux gros arbres au tronc couché. Un regard au Marae, et nous nous étendons sur les troncs. Nous finissons les bananes et l'eau et nous endormons, sur les troncs. Au réveil, nous constatons que le sol est constellé de trous de crabes, qui se jettent sur les feuilles qui tombent, les découpent et les entraînent dans les trous. Hubert jette une peau de banane et tous les crabes disparaissent, puis reviennent 5 minutes après. La peau de banane disparaît à son tour.
A 13 h on arrive au port, désert. Au village, un habitant est en train de couper à la tronçonneuse un manguier qu'il trouvait trop gros. On discute un peu avec lui et on continue. Mais un voisin qui sirotait une bière nous interpelle et nous en offre une, assis, à l'ombre, sur sa terrasse. On discute un peu avec lui et on repart, au revoir, nana.
Encore plein de gens qui disent bonjour, et puis un gamin à vélo qui nous rejoint pour dire :"on vous appelle là-bas". C'était une dame qu'on avait vue 5 minutes avant. Son mari lui avait dit de nous inviter à déjeuner. Sans façons, nous y allons et partageons leur ordinaire: poisson cru, mulet cuit, riz, manioc et jus de fruit. Elle s'appelle Karine, lui Peehi, il est ouvrier dans le bâtiment, mais en ce moment il est entre deux chantiers. Ils ont 5 enfants, l'aînée, Monovai, a 16 ans et un tané nommé Fatu, et la dernière, Djina, 5 ans. On discute, on rigole, Karine est très bavarde, Peehi ne parle pas beaucoup, mais écoute et de temps en temps, demande à sa femme de traduire. Karine essaie de nous apprendre des rudiments de tahitien. Comment dit-on "je t'aime"? Rires de toute la famille, puis traduction, impossible à répéter. -"Redis le plus lentement" - UA HERE VAU IA OE. (essayez de prononcer cela sachant que le H est aspiré, le U se dit OU, que le R se roule et qu'on prononce toutes les voyelles). Tout le monde rit de bon coeur. Monovai voudrait qu'on reste coucher à la maison, mais nous expliquons que nous sommes venus pour faire du camping. -"ça ne fait rien, mais tu peux rester même plusieurs mois si tu veux..."
Elle revient à la charge: ils ont un fare sur un motu et ils peuvent nous emmener lundi avec notre tente pour passer quelques jours avec eux sur ce motu. L'offre est trop alléchante pour que nous refusions. C'est d'accord, à lundi. Et nous repartons avec en cadeau une baguette de pain et un pain de coco (sorte de brioche au lait de coco).
La marche de retour à la tente est longue, avec nos pataugas qui commencent à peser. Mais les habitants nous saluent, les enfants nous demandent nos prénoms, une dame dont Chantal avait admiré le jardin nous offre des papayes. Un peu plus loin, nous sommes doublés par un monsieur à vélo. Nous l'avions entr'aperçu hier soir, c'est le papa des deux petites filles qui nous avaient aidé à planter la tente. Il nous attend chez lui, près de la plage. Quand nous arrivons, il nous offre un énorme paquet de bananes.
Nous arrivons à la tente à 18h, la nuit va tomber. On se délasse en prenant un bain dans l'eau chaude du lagon, même s'il n'y a plus assez de lumière pour admirer les petits poissons. Chantal a une grosse ampoule sous le pied. On se couche à 19h30, après un repas de bananes et coco.
Nous sommes réveillés par des gens qui passent sur la plage en vélo: ce sont des jeunes, qui vont s'installer tout à la pointe de la plage, sur des nattes, avec leur radio. Ils y passeront la nuit, et repartiront sans bruit à l'aube.