Tahaa (suite)

Dimanche 14 - vanille et perles

6h 1/4. Les pécheurs rentrent d'Uturoa. Ils ont tout vendu mais ont du baisser les prix. Trop de poisson.

Nous avons bien dormi, le sol bien enherbé est confortable et les chiens, qui se sont habitués à nous, n'aboient plus. Nous allons à l'épicerie pour acheter du pain et réserver du poisson cru pour midi. -"je le mets là dans le frigo. Si l'épicerie est fermée tu passes par derrière."

Devant la tente, nous avons organisé notre petite salle à manger, avec quelques troncs de cocotier, et Hubert a même tressé une feuille pour s'asseoir dessus. Le plus difficile est d'éviter les fourmis, qui trouvent très vite les denrées, même dans des sacs plastiques pendus. Sur la route qui est proche, les passants nous disent bonjour pendant que nous prenons notre petit déjeuner.

Visite d'une ferme perlière: Une jeune dame nous explique, schémas et échantillons à l'appui, les étapes de la culture perlière, comment on greffe avec un petit bout d'une autre huitre et une petite boule de plastique, comment on vérifie que la greffe a pris, comment on récolte, jusqu'à 4 fois de suite sur la même huître, des perles de plus en plus grosses, etc... Bien entendu, ensuite il y a la visite du magasin. Chantal flashe sur un petit collier de 3 perles: 45000. Mais la vendeuse sort sa calculette et descend jusqu'à 40000. Les clients sont rares en ce moment. Mais ce n'est pas raisonnable.

Chez Leo, il n'y a pas que l'hôtel. Léo est aussi célèbre pour son parc à tortues, qu'il élève et confie ensuite à des navigateurs pour lutter contre la disparition de ces reptiles. D'ailleurs, il n'aprécie pas du tout les blagues du genre "est-ce qu'on peut avoir de la soupe à la tortue?". Son parc est ouvert à la visite. Mais nous sommes un peu déçus, il n'y a que quatre malheureuses bêtes dans un coin de grillage. On leur jette un bout de pain, mais cela ne les intéresse pas (Léo les nourrit avec des filets de poisson). Plus intéressant est le manège du petit requin qui s'est laissé enfermer dans le parc et qui fait des va-et-vient désespérés pour trouver une sortie.

A midi devant la tente nous dégustons le délicieux et copieux poisson cru de Wendy, et faisons une bonne sieste à l'ombre.

Nous allons ensuite visiter la vanilleraie de Patricia, puis on fait une petite promenade. Maintenant que nous savons reconnaître un pied de vanille,

nous nous apercevons qu'il y en a chez beaucoup de gens. Un monsieur est sur sa terrasse, sa fille à coté donne le sein à son bébé, il nous dit bonjour. Nous admirons ses pieds de vanille, qui grimpent bien rangés à l'ombre de petits arbustes. Il en vend, et sort une boîte à biscuits pleine de petits sachets. 10 belles gousses pour 1000 cfp. Chantal achète, chez Patricia on n'avait que 8 gousses pour 1200 cfp.

Nous nous promenons sur la route. Une petite fille sort de son jardin, 3 roses à la main, les offre à Chantal, et demande ce que nous faisons. -"On se promène. - Alors, tu vas repasser par ici? - oui, bien sur. - Quand tu vas repasser, je vais te casser des roses. - Comment, tu veux casser les roses que tu m'as données? - non (rire les mains sur la bouche), je vais cueillir des roses pour toi."

Au retour, nous allons voir les pécheurs. Nous aimerions voir le marché d'Uturoa, Revi propose de nous emmener mardi. Il trie du poisson dans son bateau, et jette à l'eau tous ceux qui ne se vendent pas, et qui reprennent leurs esprits et s'enfuient. -"Oh, celui-là, qu'est-ce qu'il est beau!" s'exclame Chantal. Revi dit : "celui-là? - Oui." Revi le prend et le jette à l'eau. Hubert demande : "Il n'est pas bon? - Si, très bon." Et il continue son tri.

 

Lundi 15 - Tour de Tahaa

Le ciel est couvert, il a plu cette nuit.

Pas de pain à l'épicerie. On s'est levé trop tard et on n'avait pas réservé. On achète des firifiris.

Revi rentre de la pêche, il fait une sale tête. Un voleur est venu cette nuit. et il n'a presque pas de poisson. Il n'ira pas à Uturoa aujourd'hui. Il rejette 3 poissons-lune à la mer. La pluie interrompt la conversation.

A 8h30 il fait meilleur. Leo nous avait dit de tenter le tour de l'île en stop, pourquoi pas? Et puis ça serait bien de trouver une nouvelle place pour la tente, pour voir passer la course de pirogues, Hawaikinui va'a, LA course de l'année, qui rassemble plus de 80 pirogues, entre Huahine et Bora-Bora. On ne peut pas l'ignorer, tout le monde en parle, il y a des publicités partout dans les épiceries, même les boîtes de bière ont changé leur apparence habituelle pour célébrer la course. Elle va arriver à Uturoa le 17, puis la deuxième étape va d'Uturoa à Patio, ça serait bien de voir l'arrivée.

Petit sac et k-way, nous marchons jusqu'à Faaha sans voir une voiture. Sur la route un jeune garçon nous offre un coco à boire. A Faaha une jeune femme découpe du blanc de coco sur un séchoir. Elle nous explique comment on fait le coprah.

Hubert demande: "sur le panneau routier, il y a marqué Faaaha, et à l'entrée du village, Faaha. Qui a raison?" La jeune femme rit et dit: "nous on dit faha!"

Un peu plus loin nous visitons un sculpteur marquisien qui est venu ici parce qu'aux Marquises il y a trop de sculpteurs marquisiens. Il fait des pirogues miniature et des instruments de musique à percussion, dans des jolis bois.

Après Faaha nous sommes pris par un camion qui transporte des bouteilles de gaz. Debout au vent de la route, nous contemplons les baies qui défilent. Le camion arrive à sa destination, la station entre Hipu et Patio. Maruru!

A la mairie de patio, qui est le village le plus important de Tahaa, on prépare activement la course, mais pas fébrilement. Une dame souriante écoute notre demande de lieu pour camper, et nous conduit à d'autres dames. L'une d'elle, très affairée a le temps de nous dire qu'elle est chargée de la préparation de la course de jeudi, et que son mari dirige le meilleur orchestre kaina de Polynésie. On pourrait camper au bout du terrain municipal, là, où l'on voit tous ces employés équipés de débroussailleuses qui nettoient. Oui ce sera là que les pirogues vont arriver, mais cela ne gène pas. Il faut cependant demander l'accord du Maire, qui est parti manger.

On achète de la bière et de l'eau fraîches, et on s'installe sur le terre-plein qui verra l'arrivée de la course, face à la mer, sous un toit de palmes, à l'abri du petit crachin, pour notre pique-nique. Les employés municipaux s'affairent à étaler du sable, tresser des palmes, décorer les barrières,...

A 13h30 le Maire n'est pas revenu, et puis l'idée de camper au milieu de la foule ne nous séduit pas trop. Nous partons à pied vers la pointe Tupenu, d'où nous devrions avoir une belle vue sur la course. Nous entrons à la pension Tupenu village.

La patronne s'appelle karine, son tané, Henri. Elle ne fait pas le camping mais elle a un bout de terrain plus ou moins vague au bord de l'eau, à 100 mètres de la pension. Elle nous fera payer 1500 cfp par jour, incluant l'usage des toilettes et des douches. Elle nous conduit, passe sur une poutrelle au-dessus d'un fossé et arrive sous des cocotiers. Le sol est un peu encombré et un peu plus loin il y a une carcasse de voiture, mais la vue sur la mer est impeccable. OK. Nous arriverons mercredi et nous mangerons à la pension jeudi soir, où la pension recevra une équipe de rameurs.

Contents d'avoir trouvé un point de chute, nous reprenons la route. 2 km plus loin, nous stoppons une voiture. C'est la dame de la mairie, qui va à Tiva. On lui demande de stopper chez Louise, restaurant recommandé par notre guide, qui vante ses repas tahitiens du mercredi. Elle connaît Louise et descend avec nous.

Louise est une bonne grosse tahitienne volubile. Elle est en train de s'occuper de l'enterrement d'un voisin, et ne sera pas là mercredi car elle va se faire opérer à Papeete, mais elle organise une fête ce soir car il y a un grand catamaran qui arrive. Elle invite notre pilote à venir avec son mari, la soirée commencera à 20h. Le coin est sympa.

Nous nous laissons tenter, et en attendant notre pilote nous fait faire un tour en voiture. On va boire une bière à l'endroit, nous explique-t-elle, ou elle a perdu son fils et la moitié de sa famille dans un glissement de terrain, lors du cyclone de 98. Puis elle rentre chez elle, et nous retournons à pied chez Louise. Chantal souffre de son ampoule, le soir tombe.

19h, Louise nous prête sa douche, mais Chantal n'a rien à se mettre. Louise lui prête un paréo.

L'orchestre du catamaran est arrivé, mais hélas avec synthé et guitare électrique. On passe à table, avec notre pilote et son mari. Louise vient nous faire un peu de causette. Non contente d'être une bonne cuisinière, elle est aussi un peu médium et guérisseuse. Puis les popaa du catamaran débarquent et s'installent.

Punch vanille, poisson cru et cuit, crevettes, langouste (un peu trop cuite à notre goût), danse avec le public (les filles de la maison sont gracieuses), discussion difficile sous une musique tahitienne moderne et forte. Un marchand de perles expose ses colliers, avec certificat d'authenticité. Notre convive le connaît: c'est, dit-il, un ancien légionnaire danois qui a épousé une fille de Tahaa et qui ne possède aucune ferme perlière. Il n'a pas beaucoup de succès.

22h30, fin de la musique, le marchand range ses perles. La soirée nous a coûté 8400 cfp, ce qui est raisonnable compte-tenu du prix de la langouste, et en prime Louise refuse de reprendre le paréo, c'est un cadeau, et son mari et elle nous raccompagnent en pick up (à 23h, l'air est frais, heureusement que la pluie a cessé) jusqu'à notre campement.

 

Mardi 16 - Au marché d'Uturoa

Lever à 5h30, les pécheurs sont déjà partis. Il n'y a pas de pain. Revi fait la gueule, son parc a encore été dévalisé. Mais son beau-frère a pris du poisson et va à Uturoa. Il nous emmène avec son fils, une fois que les poissons sont tous enfilés.

Après une demi-heure de bateau, nous débarquons au port, visitons le marché où notre hôte vend ses poissons

mais il n'y a pas grand chose à voir, faisons quelques emplettes en ville: paréos, cartes postales, chemises tahitiennes, sandwiches, et une râpe à coco pour remporter en France.

Un arrêt étonnant dans les toilettes publiques, incroyablement fleuries.

10h. Nous rejoignons le bateau, les poissons sont tous vendus, retour.

Notre pilote refuse qu'on lui paie l'essence du bateau, mais accepte des sandwiches parce qu'on lui dit qu'on sera fâchés s'il refuse.

A 11h, on mange un coco devant la tente et on s'endort.

L'après-midi Chantal bricole dans la tente et rédige des cartes postales, pendant que Hubert va voir les poissons dans les coraux. Il n'y a pas de plage, mais un sol irrégulier pas très ragoûtant au début, mais au bout de quelques décamètres, le fond descend assez vite pour former comme une falaise de coraux bien poissonneuse. Il suit pendant quelques minutes une superbe tortue qui nage tranquillement en gardant bien ses distances. Elle a l'air bien plus en forme que les malheureuses sauvées par Léo.

Après une petite promenade, nous allons manger chez Patricia, chez qui nous avions réservé. Nous mangeons avec une famille d'enseignants qui viennent d'arriver de la Réunion. Leur hantise, c'est le moment où il faudra rentrer en métropole. Les élèves ici sont gentils et respectueux, distraits mais appliqués, ...

Patricia fait un délicieux punch coco, et sa daurade sauce vanille est un régal.

Mercredi 17 - Patio

Beau temps et petite brise.

7h. On commence à plier bagage. Des enfants viennent voir, curieux et timides. -"Vous voulez voir la tente? Entrez dedans, n'ayez pas peur." Ils s'enhardissent.

Pendant qu'on déjeune, ils posent des questions, nous chantent des chansons apprises à l'école, rassurent leur maman qui s'inquiétait, font des tours de vélo et reviennent,...

8h. Tout est emballé, sacs au dos, on va faire nos adieux à Wendy et Revi. Toute la famille est là, et nous passe des colliers de coquillages au cou, la Mamma en premier. Petite larme, mais ce n'est pas tout. On se retrouve avec un drap tahitien, du monoi, des gousses de vanille...

Photo de famille. Revi aimerait un agrandissement. Promis. Nana! Maruru roa!

Et encore ce sentiment de plaisir et de regret.

A Haamene, nous buvons un peu d'eau fraîche à une roulotte, puis entammons la grimpette vers Tiva. Une voiture nous prend jusqu'à Tiva: ce sont 2 vahinés. L'une d'elle nous invite à boire un coca chez elle. Elle cultive et monte des perles. Il y a pas mal de fermes perlières à Tiva.

Elle a suivi des stages à l'Ifremer et compte bien continuer à se perfectionner. Elle sort d'un recoin une boîte avec un collier magnifique, de très belles perles. 380 000 cfp! Ce n'est pas pour le vendre, juste pour nous montrer.

Nous continuons à pied

jusque chez Louise, faire une pause et manger du poisson cru en discutant avec une famille d'enseignants (ce sont les vacances scolaires).

13h30. Sur la route de patio, il fait très chaud et les sacs sont lourds.

Pas de trafic automobile sinon les camions de sable qui ne s'arrêtent pas. Enfin une voiture. C'est un marquisien en vacances, qui va à Patio. On entasse les sacs sur les genoux de Chantal à l'arrière, Hubert monte devant. On discute des Marquises, où les gens sont bien différents, les paysages magnifiques, ...

On discute tellement qu'on a failli ne pas voir le panneau de Tupenu Village. -"Arrêtez ici!" Notre marquisien stoppe un peu plus loin et nous le remercions en extrayant les sacs de la voiture, puis rebroussons chemin. Une minute après, horreur, on a laissé l'appareil photo sur la banquette arrière. Chantal est désespérée. On dépose les sacs à Tupenu et on va jusqu'à patio à pied, espérant trouver la voiture. "elle était blanche, non?"

Chou blanc. On passe à la police municipale, puis à la gendarmerie, incapables de répondre aux questions: le n° de la voiture, sa marque, le nom du conducteur, si c'était une voiture de location,... -"tout ce qu'on sait, c'est qu'il est marquisien en vacances, dans une voiture blanche 3 portes."

Les gendarmes ont une idée: ils vont contacter tous les marquisiens connus de Tahaa pour savoir s'ils ont un cousin en vacances chez eux.

A la mairie, on retrouve la dame affairée. On aimerait bien avoir un disque de l'orchestre de son mari, et si possible l'écouter. Elle prend le téléphone et son mari arrive, jovial et énorme, sur son scooter, avec le disque. Mais on n'a pas de lecteur. Hubert timidement demande si à la mairie il n'y aurait pas un ordinateur? Et nous voilà dans le bureau d'une secrétaire, en train d'écouter de la musique Kaina sur le lecteur CD-ROM (pardon M. le Maire, mais ça valait le coup!). -" On achète. Combien? - 3000, en magasin c'est 3500" dit la dame comme pour s'excuser. -"OK, mais est-ce que vous pouvez nous avoir une dédicace? ".

On paie et on reviendra demain, elle nous donnera le disque dédicacé.

A Tupenu, Karine a nettoyé notre emplacement et est en train de remplir une brouette de sable pour recouvrir le terrain. Nous plantons la tente en évitant de la mettre sur des trous de crabe, ce qui n'est pas facile, puis on retourne à Patio, car Chantal veut avoir des nouvelles de son appareil.

La nuit tombe, nous nous promenons sur le quai. 4 polynésiens bavardent en buvant de la bière. Ils nous interpellent, joyeux. On blague et boit avec eux, ils descendent bière sur bière, ils ont la glacière sur le bateau. Un des 4 est gendarme et justement dîne ce soir à Tupenu village. Nous revenons avec lui en voiture, et nous regagnons la tente à la frontale. Soupe minestrone sur le camping-gaz, et bananes, puis dodo. Il est 20h.

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