7h30 Karine vient nous dire bonjour et apporte une baguette de pain.
8h30 A la mairie de Patio, nous recevons le CD dédicacé par les 4 musiciens. Super!
Nous passons à la Poste, pour expédier en France nos achats et cadeaux qui commençaient à peser sensiblement dans les sacs. La solution: l'envoi maritime: Dans un beau carton polynésien, nous entassons 5 kg de colliers, paréos, etc... Pas le monoi, dit le postier, car si ça coule sur le courrier vous aurez une amende. Ça coûte 2760 cfp et ça arrivera dans 2 ou 3 mois.
Rien de nouveau à la gendarmerie. Nous prenons une bouteille d'eau à une roulotte, et la dame de la roulotte nous dit que son mari, qui est marquisien, a eu la visite des gendarmes qui recherchaient notre appareil!
Devant notre tente, à Tupenu, la course va arriver. Le lagon est constellé de bateaux, à tel point qu'on voit à peine les pirogues, petits traits juste à la surface au loin. Vite, on retourne à Patio. Pendant qu'on marche, on entend un haut parleur qui commence à annoncer les noms des équipes qui passent la ligne d'arrivée. On presse le pas pour parvenir au milieu de la foule sur le terre-plein, et on arrive en même temps que le 75e. Il ne nous reste plus qu'à encourager les derniers, ce que nous faisons avec chaleur, tandis que la plupart du public est partie voir la distribution des prix.
L'esplanade sur laquelle nous aurions pu camper est pleine de pirogues, et 80 pirogues d'environ 12 m de long ça occupe de l'espace.
Devant le podium, la tente des officiels est pleine. Le pasteur fait une longue prière et passe le micro à l'animateur qui proclame les résultats. Le maire de Maupiti remet le chèque géant de 50000 au 8e, les autres maires aux autres vainqueurs, et c'est Gaston Flosse qui remet celui de 400 000 au premier. Il est avec son ministre de la jeunesse et des sports, tous deux en short, chemise colorée et savates. 3 vahinés dansent pendant que notre orchestre gratte frénétiquement le ukulele.
Puis on joue la Marseillaise, suivie de l'hymne polynésien. Tout le monde debout en silence, sauf un trublion qui vient faire le singe devant Gaston, lequel reste impassible. Le trublion ramasse des cailloux et se met à jongler. Arrive un grand costaud, qui touche le bras du trublion, lequel disparaît.
12h A Tupenu, une équipe de rameurs est attablée sous une grande tente. Environ 30 personnes: 6 rameurs et leurs remplaçants, et tous les accompagnateurs. Les rameurs sont au régime et mangent des pâtes. Dans le faré voisin, nous prenons place à coté d'une table de gendarmes. Menu tahitien pantagruélique: en plus des plats que nous connaissions, il y a aussi de la pieuvre au curry, du fafa de poulet (feuilles de taro avec du poulet, du lait de coco et du gingembre...absolument délicieux), et même du fafaru que nous goûtons du bout des lèvres. Ce plat est très prisé des polynésiens, mais c'est pour nous ce que le Munster peut être aux américains. C'est fait avec du poisson mariné dans de l'eau de mer qui a fermenté quelques semaines avec quelques pattes de crabe et autres. Il faut avouer que cela a une nette odeur de... fosse septique. Le po'e de bananes était particulièrement réussi.
En ville, c'est plein, de voitures, de gens, de pirogues, de piroguiers. On discute avec eux. Pourquoi le balancier est il attaché avec des bouts de chambres à air? Parce que c'est très souple et très solide, et qu'il est facile de modifier le réglage... Un rameur militaire se plaint d'avoir une pirogue poussive, un autre soutient que c'est une excellente pirogue...
Dans la rue, un début de bagarre, mais le type imbibé de bière est vite embarqué. Une quinzaine de personnes font une pétanque.
Chantal a perdu ses lunettes.
Ce soir on mange chez Karine du poisson grillé. Elle voulait nous emmener demain sur un motu, mais son gros bateau a le moteur cassé, la pirogue aussi, et la barque a disparu, car les rameurs qui l'ont utilisée ont oublié de jeter l'ancre! Mais elle a trouvé un pécheur qui peut nous prendre. Le pécheur arrive, c'est ok pour demain 9 heures.
Réveil à 5h30, il y a déjà plein de trafic sur la route. A 6h nous sommes à Patio. La moitié des équipes sont là, ils font les derniers réglages. On se met sur le terre-plein au bord de mer. Gaston Flosse arrive et se met juste à coté de nous, il nous serre la main, "Ca va?" Chantal est impressionnée. Gaston commence un discours en polynésien, puis le pasteur fait la prière, tout le monde debout casquette basse, même les étrangers, les hawaiens qui ne pipent pas un mot de tahitien.
Mise à l'eau des pirogues. La ligne de départ est loin à droite. Petit à petit les pirogues s'alignent. Gaston téléphone à sa femme : -" Avance avec le bateau... Tu me vois (il agite un papier)... là... tu viens me prendre..."
Nous allons nous installer vers le faré le plus proche de la ligne de départ, et dont des femmes commencent à enlever les décorations et donnent des bananes aux spectateurs.
Un couple passe devant nous. Chantal dit à Hubert: "je crois que c'est notre marquisien. - Tu crois? - oui." Et Chantal de rejoindre le couple. Ils ont trouvé l'appareil photo et l'ont déposé à l'infirmerie.
7h20 Gaston Flosse a pris son bateau et rejoint le navire militaire qui est juste devant la ligne de départ. La plupart des bateaux d'accompagnement ont été priés d'attendre après la passe que les pirogues soient sorties du lagon. Départ. La longue ligne des pirogues avance, se déforme, disparaît.
Notre couple nous conduit à l'infirmerie et Chantal récupère son appareil. Nous voulons avertir gendarmes et policiers, mais tout est fermé, tout le monde est parti vers Bora-Bora, il n'y a même plus un bateau dans le port.
A Tupenu mauvaise nouvelle: le pécheur a téléphoné, il est parti suivre la course. Henri tente en vain de trouver quelqu'un d'autre. On déjeune avec eux.
Karine téléphone au port de Tapuamu, il y a un bateau taxi. Mais il n'est pas là non plus.
Hubert se lève. Il va à Patio, il va trouver un bateau. Henri l'accompagne en voiture jusqu'à la mairie. Là il y a des secrétaires. Hubert demande si on connaît quelqu'un qui a un bateau. On téléphone, on demande au jardinier, mais rien. Hubert rentre à pied, en demandant à tous les gens qu'il rencontre. Une vieille dame est sur le pas de sa porte. Son gendre est parti travailler sur le motu, il va revenir à 1 heure. -"Si tu n'as pas trouvé avant , il te conduira sur le motu."
Youpi! On plie la tente. Une douche, petite lessive, on est prêt.
Déjeuner avec Karine et la famille. Henri a fait des entrecôtes. Karine nous conduit chez la dame, c'est bien celle qu'elle pensait. Elle discute avec la mamma et précise: le gendre, René, va nous conduire sur le motu qui appartient à la mamma, et non sur le motu de Karine.
René arrive avec un copain, on va sur le quai et ils descendent le petit bateau. On embarque et on fait connaissance: Ils ont 25 ans, sont adventistes, donc ne boivent ni ne fument , ne mangent pas de langouste, etc... René rêve de venir en France (c'est le premier qu'on rencontre) pour apprendre l'agriculture. Il cultive des pastèques et des légumes sur l'île, et la mamma en fait autant à plus petite échelle sur son motu.
Il nous fait les honneurs du motu: une cabane, un joli faré, un grand champ de tomates, poivrons,...
On discute un moment, assis sur le sable devant le faré, puis rené repart. Il reviendra nous chercher dimanche matin, mais si on veut, on peut rester davantage, il y a une américaine qui est restée 15 jours et depuis, ils s'écrivent. Nana!
Nous faisons le tour du motu à pied. A peine une demi-heure. Quel que soit le coté, le paysage est magnifique. Mais on voit bien la différence entre les parties entretenues et les autres, impénétrables de végétation foisonnante.
Bien que le motu soit petit, sur le coté ouest il n'y a pas du tout de vent, alors que l'autre coté est balayé par une bonne brise. Nous planterons la tente à la pointe sud, sous les pins, au vent pour éviter les moustiques, et où le sol est plat.
Un bon coup de ratissage, une bonne couche de bourre de coco sur le sol, et la tente sera une super chambre, tandis que nous laissons le gros des sacs dans le faré, près duquel il y a une table, des bidons d'eau et des cocotiers.
Un bon bain dans les coraux, et un beau coucher de soleil complètent la journée.
Nous nous endormons gardés par les trois chiens qui vivent ici, et qui aboient chaque fois qu'un (bateau) inconnu passe. Au clair de lune, on voit passer le Paul Gauguin, paquebot plein de touristes. Pourvu qu'il ne jette pas l'ancre ici. Il continue vers Raiatea.
Dans la nuit les chiens se mettent à aboyer. Une lumière passe et dessine des ombres chinoises sur la tente, on croit entendre des voix. Hubert se rhabille et se lève, mais rien.
Deuxième alerte dans la nuit: des bruits étranges au-dessus de nos têtes. Ce sont de gros crabes qui sont grimpés sur la moustiquaire et commencent à ronger les suspentes. Une chiquenaude, et les monstres tombent et disparaissent.
Le jour se lève. Soleil. Nous sommes seuls, loin du monde, mais pas pour longtemps. Voici une famille entière en bateau. Ils accostent un peu plus loin sur le motu et le bateau repart. Il revient peu après plein d'enfants. Toute la famille s'éparpille dans les coraux et sur le platier.
Nous allons au-devant d'eux, chaussés des pataugas. Ils sont venus pécher les oursins et les trocas. Alors ils nous apprennent à le faire.
Pour les oursins, ceux qui sont petits avec de très longs piquants venimeux et qui se mangent crus, ils ont une sorte de grande fourchette à 2 dents. Ils les attrapent et les jettent dans un bidon flottant. Un gamin donne une fourchette à Hubert, et nous remplissons plusieurs bidons en quelques minutes. Ensuite on les passe dans une sorte de tamis de grillage, pour faire tomber les piquants, et les femmes, assises dans l'eau, ouvrent les oursins, sortent le corail, le rincent et remplissent un saladier. Chantal se joint à elles.
Pour les trocas, il suffit de les ramasser dans les rochers, et les enfants font un trou dans la coquille en les tapant avec la pointe d'un autre troca, font sortir l'estomac par le trou en appuyant sur le pied, puis soufflent dans le trou pour éjecter la bête.
Les femmes ensuite enlèvent les parties dures ou non comestibles.
Des oursins il y en a des quantités. Le jour ils sortent de sous les rochers et s'étalent sur le fond.
Pour compléter le déjeuner, Hubert va cueillir quelques bénitiers et nous mangeons tous ensemble. Puis ils repartent avec leur provision de corail d'oursins.
On s'aperçoit que les chiens du motu n'aiment pas les fruits de la mer mais raffolent de noix de coco.
Après la sieste, baignade dans les coraux, et c'est encore plus beau que dans le "jardin de corail".
Hubert a du rester plus de 3 heures dans l'eau. Heureusement, il garde toujours un T-shirt sinon il serait complètement brûlé.
Au crépuscule, nous prenons une douche bien chaude avec l'eau d'un gros bidon qui a recueilli la pluie des derniers jours.
Vers 18h30, un bateau arrive avec 2 hommes: C'est le gendre de la mamma et un copain, qui viennent pécher la carangue de nuit sur le platier. Ils ont des fortes lampes frontales, c'est sans doute ce qui nous avait réveillés la nuit dernière. Quand ils repasseront, nous serons déjà endormis.