Maupiti (fin)

Vendredi 5 - Pluie et motu

Les grosses pluies de la nuit ont un peu calmé la mer. On se prépare pour partir au motu, il faut aller pêcher.

Après un petit déjeuner comme tout le monde en regardant la télé, Hubert propose d'aller faire le plein d'essence pour le bateau. Peehi accepte.

On sort les bagages, mais une voiture arrive: c'est le professeur d'un des enfants qui le ramène, il est malade. On rentre les bagages. Dispensaire, antibiotiques, et Karine confie le petit aux bons soins de l'aînée.

En attendant la fin de la pluie, Karine a envie de danser. Elle sort des petits pagnes, met un disque et voici les filles qui dansent le tamure.

Vers 11 heures, la pluie cesse. On y va.

Sur la digue, les vagues ont bien diminué.

On embarque, et on arrive au motu trempés de pluie et de vagues. Mais on peut pêcher.

Le bateau prend l'eau de plus en plus. Peehi a une idée: avec un marteau et son coutelas, il découpe le renfort sous lequel il y a un trou, qu'il bouche avec un morceau de semelle d'une vieille savate.

Un des voisins a un bateau, et Hubert s'étonne qu'il ait au moins 5 moteurs hord-bord, fixés l'un à coté de l'autre sur une planche entre deux arbres. -" en panne, pièces détachées" répond Peehi.

 

Samedi 6 - La bringue sur le motu

-"Aujourd'hui, on fait la bringue!"

Peehi repart au village pour chercher les enfants, mais les aînés ne viennent pas. Ils ont fait la bringue hier soir entre jeunes. On est un peu déçus. Par contre, le capitaine du Maupiti Express lui a donné la bouteille de rhum.

Hubert se met à râper du coco.

Après midi, Peehi part pêcher avec un copain, au filet. Ils reviennent avec plein de mulets qu'ils nettoient immédiatement.

Karine fait cuire la moitié et prépare le reste en poisson cru. Le punch coco est prêt. Peehi prend la bouteille, en remplit un demi bol et goûte: -" c'est bon." Il porte le reste du bol au copain, qui fait et dit de même.

Pour compléter le menu, Chantal propose d'aller acheter des tomates chez la dame qui en cultive sur le motu. Peehi accepte et nous demande d'emprunter à cette dame, qui est une cousine, une guitare. La cousine n'a pas voulu, et nous ne rapportons que tomates et concombres. Nous n'avons pas pu payer car la dame n'avait pas de monnaie. Mais ce n'est pas un problème, on paiera plus tard.

On ne peut pas faire la bringue sans guitare. Peehi reprend son bateau et va en chercher une au village. Il revient avec 2 copains.

Une bonne demi-heure pour accorder les ukuleles, et on commence à chanter.

La Hinano est dans la glacière, un copain tape sur un bidon, un enfant agite deux petites cuillers dans le goulot d'une bouteille, Hubert tape sur une boîte de Nescafé, les bouteilles se vident.

A la tombée du jour, Peehi va chercher une batterie, celle qui sert à pêcher la langouste la nuit sur le platier, et fixe de deux clous un projecteur au plafond. Pour brancher le projecteur, facile! Peehi empoigne un vieux tuba qui traînait, et avec son coutelas en coupe deux rondelles, qu'il enfonce sur les cosses de la batterie. La lumière jaillit, mais comme c'est un projo sous-marin, il le plonge dans un bidon d'eau.

Ils composent une chanson pour nous, avec des "huber iti é" et des "Chantal iti é". On rigole, c'est incroyable la joie qui remplit notre abri, malgré la pluie qui tombe dru. On a les pieds dans l'eau. Karine et Chantal se mettent à danser.

Mais la lampe faiblit, il est 21 heures, tout le répertoire polynésien y est passé, même quelques chansons françaises, et il n'y a plus ni bière ni punch. Les plus courageux continuent à jouer.

La lampe s'éteint tout à fait. Nous allons nous coucher et nous endormons en musique.Ils continueront à la bougie, puis les copains repartiront en bateau.

 

Dimanche 7 - Motus sous la pluie

Karine a fait des crêpes de farine. Il n'y a plus de poisson cru car les enfants ont tout grapillé pendant la bringue. Maintenant ils s'amusent avec le râteau que nous avons acheté pour nettoyer le jardin et la plage, et font des dessins sur le sable.

Le temps est trop couvert pour que Karine vienne avec nous chercher des coquillages. Nous chaussons les pataugas, emportons les masques, et en route pour le récif.

Entre motu et récif, il y a plein de coraux entrecoupés de bancs de sable. On a toujours pied, et Chantal commence à apprécier la vision sub-aquatique. On se laisse dériver au milieu des poissons. Hubert casse un oursin et aussitôt plein de poissons viennent le dévorer.

Sur le récif, on a de l'eau jusqu'aux chevilles, mais de temps en temps une vague écumante vient contrarier une marche sur un terrain assez irrégulier.

Après 2 heures dans l'eau, nous rentrons. Un des enfants a coupé un jeune palmier et sorti le coeur.

On en mange dans une grosse salade. Les petits grignotent comme d'habitude et il y a du coeur de palmier partout.

La pluie revient, ainsi qu'une voisine très bavarde. Hubert s'éclipse, il a plein de cartes postales à écrire, sous la tente.

Vers midi toute la famille rentre au village. Nous refusons de rentrer avec eux, ils ont besoin de leur lit. Nous restons seuls sous la pluie.

"Chez Alain on mange très bien" nous avait dit un gendarme. Alain tient avec sa vahiné, Audine, une pension sur le motu Tiapaa, près de la passe. Il a un beau bateau et vient chercher les clients. Nous décidons de passer la fin de l'après-midi là-bas. A la pointe du motu, battue par le vent et la pluie, un couple de pêcheurs, sur un rocher au-milieu du fort courant qui va vers la passe,

attrape des gros poissons. La passe est animée de belles ondulations qui se brisent en gros rouleaux de chaque coté.

Hubert jette dans l'eau un bout de bois qui est aussitôt emporté vers le large. Ce n'est pas le moment de se baigner!

Une fille est au bord de l'eau, avec un parapluie. Elle a fini sa journée de travail à la pension Kouriri et attend son tané qui va venir la chercher en bateau pour rentrer chez eux sur le motu d'en face.

Ce soir nous sommes les seuls clients d'Alain. Après un repas délicieux et une conversation instructive sur l'île, les motu, la pêche, les bénitiers,..., ils nous raccompagnent et nous font cadeau de plein de fruits.

 

Lundi 8 - Audine et Alain

Chantal maîtrise bien le pressage du lait de coco, et le chocolat au lait de coco, ce n'est pas mauvais du tout.

Le temps s'est calmé, la mer est basse et le ciel bien couvert. Peehi arrive en bateau pour pêcher, avec Fatu. Ils insistent pour nous ramener, mais nous refusons encore. Au départ nous ne pensions pas rester à Maupiti plus de 2 jours! Demain il y a un départ du Maupiti Express et on va le prendre. Peehi nous dit : "à demain" et part à la pêche.

La voisine bavarde revient, avec des légumes et des fruits. On l'invite à manger. Hubert a râpé du coco, et fait cuire le coco râpé avec de la banane écrasée et du sucre, ce n'est pas mauvais. On raccompagne la voisine et on en profite pour aller payer la dame aux tomates.

Comme ce soir sera le dernier sur le motu, nous décidons de sortir la tente du faré et de la mettre sur l'herbe au bord de la plage. Ce soir nous contemplerons au loin les lumières de l'île.

Un bateau arrive: c'est Audine qui passait par là, et nous partons près de chez elle. Elle prête à Hubert un tournevis et un demi-bidon en plastique, et Il va pêcher les bénitiers dans les coraux, tandis que Chantal ramasse des coquillages. Assez maladroit au début, Hubert finit par rapporter dans son bidon flottant, une vingtaine de petits bénitiers, et Audine montre à Chantal comment les ouvrir, vider les poches de fiel, enlever le pied, vider l'estomac de ces jolis mollusques et les assaisonner avec du citron vert. Elle nous donne même du citron, du pain, des goyaves et une figue

On discute un peu, puis Alain arrive et nous offre l'apéro. Et nous sirotons bière et coco avec des petits biscuits en devisant avec Audine. Il n'y a pas de clients non plus ce soir, mais demain c'est plein. Alain revient tout content et lance : "A table!" Pendant que nous causions il a préparé en douce tout un repas. -"J'ai fait quelque chose de tout simple!" S'excuse-t-il. Jugez plutôt: lentilles germées avec avocat et tomates, Mahi-Mahi au gingembre, navets et carottes ("C'est un essai" dit Alain), etc...

Nous mangeons avec eux. Et Hubert se demande ce qu'il va faire de tout le lait de coco que nous avions préparé. Alain nous conseille de le jeter: le lait de coco, il faut le consommer tout de suite.

 

Mardi 9 - Adieu Maupiti

On a bien fait de mettre la tente dehors. Au coucher nous avons admiré le paysage, mais en pleine nuit une forte pluie et des rafales de vent ont arraché un piquet. Dans le noir, il a fallu trouver un bout de bois pour le remplacer et éviter que la tente ne s'envole. Au réveil on constate que l'arceau de l'auvent est tordu. On le redresse partiellement.

Le ciel est toujours aussi gris mais de temps en temps un rayon de soleil alterne avec une ondée. On prendra le petit déjeuner avec plein de fruits et du lait de coco frais.

Les bidons destinés à recueillir l'eau de pluie sont pleins, c'est le moment de prendre une douche, l'un arrosant l'autre avec un arrosoir.

Fatu vient pour pêcher. Il nous prendra en fin de matinée. Il finit les bénitiers que nous avions rapporté, et cueille quelques noix de coco. On replie tout. Un dernier tour sur le motu, il reste des choses à voir, comme ce paysage d'intérieur, culture de nonos

(fruits qui auraient des vertus cosmétiques et anti-vieillissement) ou ce cochon qui vit dans une caisse

puis retour au village.

A l'arrivée, on suspend le bateau à l'abri des vagues.

On passe à la Poste pour voir si nos sous sont arrivés. Le postier nous salue d'un grand geste, il est content, le mandat est arrivé vendredi. Chantal téléphone à Corinne, à Bora-Bora, pour lui annoncer notre arrivée. C'est le répondeur qui prend le message.

Hubert va rendre la caisse de bière et avec la consigne achète de la boisson.

Dernier repas avec Karine et Peehi; Photo de famille devant la maison. Nous endossons les sacs à dos, et au dernier moment, ils surgissent avec des colliers de coquillages qu'ils nous passent au cou en nous embrassant. Moment d'émotion, on essuie une petite larme, Monovai donne à Chantal un dessin qu'elle a fait pour elle et dédicacé. On prend la route le coeur un peu gonflé en se demandant ce qui peut nous pousser à quitter Maupiti.

Sur la route un pêcheur expose des Mahi-mahi tout frais.

16 heures. Le Maupiti express est plein de pastèques.

Hubert va voir le Capitaine, pour payer le rhum. Le bateau part à l'heure, sous un ciel changeant.

Pour sortir de la passe, le capitaine fait fermer les écoutilles, juste avant qu'une grosse vague de mascaret inonde le pont avant. Sur l'océan, ça bouge un peu, mais tout va bien et les pastèques sont bien calées.

A 18 h 10, le bateau arrive à Bora-Bora. Corinne arrive peu après. Petit problème, elle avait prévu ce soir une petite fête avec des amis, mais si cela ne nous ennuie pas, nous pouvons nous y joindre. nous faisons une halte au supermarché pour acheter de quoi compléter le buffet.

Corinne loge dans une superbe maison avec de vraies portes, des moustiquaires à toutes les ouvertures, une cuisine intégrée, une vraie salle de bains, une chambre d'amis avec un lit confortable, et une terrasse avec une superbe vue sur le lagon.

Ses invités sont tous des "popaa", des métropolitains installés à Bora, la plupart de professions indépendantes. La soirée est très intéressante, même si on parle surtout d'argent, car en dehors des échanges de tuyaux boursiers et des caractéristiques locales d'Internet, nous apprenons entre autres sujets, que les professionnels font de gros chiffres d'affaires à Bora, et sans impôt sur le revenu, et découvrons les finesses des magouilles politico-foncières qui jouent avec les imprécisions des cadastres, les indélicatesses de notaires, le système d'indivision généralisé qui fait qu'au bout de quatre générations un terrain a un nombre de propriétaires indéfini, etc...

Ils rigolent bien à l' énoncé de nos tribulations à propos de Tupai, et sont tous d'accord qu'il ne faut pas quitter Bora sans avoir fait le tour en pirogue avec Nono.

Ca faisait longtemps qu'on ne s'était pas couché à une heure du matin. Chantal apprécie particulièrement la douche chaude et le lit douillet. Merci encore Corinne.

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