Corinne est partie au travail après nous avoir souhaité bonne continuation.
Le Vaeanu part ce jour à midi, et, en suivant les conseils d'un peu tout le monde, nous irons à Tahaa puis à Huahine, sans nous arrêter à Raiatea, trop civilisée.
Un ami de Corinne qui part aussi au travail nous conduit jusqu'au port. Là nous laissons nos sacs dans le hangar du Vaeanu, et louons deux vélos pour 2 heures. A Vaitape nous achetons cartes postales, timbres, et provisions de base, puis nous rentrons tranquillement au port.
Juste avant le port, une jeune dame vend des sacs plastiques remplis d'un jus rouge dans lequel baignent des morceaux de mangue verte et des prunes chinoises. C'est un régal pour la plupart des enfants de Polynésie. Pour goûter, Hubert en prend un. Juste derrière la table, un bébé dort sur une natte. La maman accepte qu'on la photographie.
Un peu plus loin, un garçon prépare des feuilles de pandanus pour faire des toits.
Le Vaeanu est à quai, nous nous rapprochons, quand le sac de mangues casse. Hubert ne parvient à sauver que 2 morceaux, et s'est un peu arrosé de jus. Ce n'est pas grave, en fait ça ne valait pas la peine de manger plus de 2 morceaux. Pour consoler Hubert, Chantal l'invite à boire une bière au bistrot du port.
12 heures. Le Vaeanu quitte le port, passe devant le joli motu Tapu
et franchit la passe.
Les habitués ne regardent plus le paysage, mais dorment sur leur natte.
Dès le départ, on voit l'île de Tahaa qui semble être juste au fond du lagon.
A 14 heures, le bateau arrive dans le grand lagon de Tahaa et Raiatea,
et se dirige vers le port marchandises de Tahaa, Tapuamu.
Un hangar, un bassin avec deux bateaux vides, une station-service et un loueur de voitures fermés, c'est assez calme. Avec le soleil qui plombe depuis qu'on n'est plus en mer, ça va être dur. Mais la première voiture qui passe nous emmène au centre de l'île, Haamene. Il nous remet entre les mains d'une dame gentille, Monique qui loue des voitures et qui est la femme du maire. Elle ne sait pas ou l'on peut camper, il y a peut-être un coin près de la place, mais il faudrait demander au maire. Espérant trouver un coin moins officiel, nous lui louons deux vélos pour l'après-midi. Elle accepte de garder nos sacs.
Nous roulons sur une "soupe de corail" pleine de trous dans une jolie baie.
Deux hommes grattent le ukulele sous un arbre. -"un endroit pour camper? Un peu plus loin, il y a une plage, tout le monde peut y aller." Mais ils ont un petit air moqueur et nous ne trouvons pas de plage. Nous demandons à quelqu'un d'autre. -" Vous restez combien de jours?" - "2 ou 3." Il rentre dans sa maison, appelle sa femme, discute avec elle, puis nous dit de venir et nous montre un coin d'herbe et des cocotiers, à 100 mètres de sa maison. -"C'est chez moi, si ça vous convient, mettez vous là." Certes il n'y a pas de plage, bien que la mer soit juste de l'autre coté de la route, mais il y a de l'espace, nous ne gênerons pas nos hôtes et nous aurons une bonne base de départ pour visiter l'île.
Nous rapportons les vélos chez Monique et reprenons les sacs à dos. Mais rapidement nous sommes pris par un pick-up qui nous conduit à destination. On leur offre une bière et ils repartent.
La nuit tombe, on monte la tente et on va à pied, manger à l'Hibiscus, en emportant la lampe frontale.
A l'Hibiscus, chez Léo, nous sommes les seuls clients. Léo s'intéresse un peu à nous puis nous laisse entre les mains du chef cuisinier, qui tenait un restaurant à Nouméa et a voulu changer. Carpaccio de poisson et espadon sauce crustacés (-"vous allez voir, l'espadon, c'est top!" promet le chef avec un peu d'emphase), c'est un bon repas, qu'on paie moins de 5000 cfp.
Au retour, on se tord un peu les pieds dans les nids de poule.
A 2 h du matin, les coqs. A l'aube, encore les coqs. Et les chiens qui aboient dès que quelque chose bouge.
Notre hôte est pêcheur, il s'appelle Revi. Sa femme Wendy tient une épicerie proche, et ils vivent avec quelques frères et beaux-frères dans la maison de la maman de Revi.
A 6h30 Revi rentre de la pêche, un bateau plein de poissons. Nous sortons à peine de la tente qu'ils sont déjà plusieurs à les trier et les enfiler sur des ficelles.
Puis ils partent pour Uturoa avec le bateau, pour les vendre au marché.
L'épicerie n'est pas loin, nous achetons une tablette de chocolat, du pain et de la confiture.
Pendant notre petit déjeuner, voici Wendy qui nous apporte deux poissons frits avec un grand sourire. Nous lui expliquons que nous les gardons pour midi, incapables d'avaler du poisson à cette heure. Elle nous dit de ne pas hésiter, si on a besoin d'eau, d'une douche, ou d'autre chose... Et on peut couper des cocos. Hubert avait le coutelas qui le démangeait.
On est en forme, il fait beau, on va à Haamene pour prendre la route traversière de patio jusqu'au col de Vaitoetoe qui selon le guide jouit d'un beau panorama. A l'entrée de la traversière, un panneau indique que cette route est réservée aux 4*4 et déconseillée aux voitures. Effectivement il n'y a guère de trafic. C'est une jolie montée dans les cocotiers, bananiers, et autres, avec de petits ruisseaux. On trouve une vache, attachée à un arbre, qui broute imperturbablement.
Le soleil chauffe, Hubert coupe des feuilles d'une sorte de taro géant pour faire des parasols.
Chantal en est toute guillerette.
A mesure qu'on se rapproche du col, il y a de moins en moins d'ombre et la feuille de Chantal commence à flétrir.
et Chantal à fatiguer.
Enfin nous passons le col, admirons la vue et nous précipitons sous un grand arbre qui nous offre son ombre. On s'assied dans l'herbe et on déguste les poissons ainsi que quelques bananes. On vide presque la gourde. On commence une petite sieste, mais les moustiques nous incitent à redescendre.
A l'épicerie de Haamene, nous prenons des boissons fraîches (Pour la bouteille de Hinano -"Si vous buvez sur les marches, je ne vous compte pas la consigne"). Il y a la cinq ou six personnes, qui discutent en buvant et ne font pas attention à nous.
Nous reprenons la route et marchons en faisant du stop. Un pick-up nous prend: C'est une dame avec qui nous avions discuté sur la traversière. Elle coupait ses bananes pour les mettre à l'abri des merles voraces. Nous lui demandons de nous déposer à la pension Patricia.
Chez Patricia, déception: On ne peut pas nous faire à manger ce soir, il aurait fallu réserver ce matin.
Revi est en train de partir en bateau. Il nous voit arriver et fait demi-tour. -"vous voulez voir mon parc à poissons? - Bien sur." Et nous voici sur le bateau.
Le parc à poissons est une sorte de grand enclos en grillage, en forme d'entonnoir, qui se termine par une grande poche. Revi nous explique qu'à la marée montante, les poissons arrivent, et à la marée descendante, ils restent dans l'entonnoir qui les conduit à la poche où ils restent comme dans une nasse. Effectivement cela grouille de poissons. Il suffit de descendre dans la poche avec une grande épuisette, et on remplit le bateau -" Et ça fait longtemps que tu pêches? - 25 ans. -Et il y a toujours autant de poissons? - Oui."
Il nous conduit sur un motu, d'où il peut surveiller son parc, parce qu'il y a des voleurs de poissons, qui n'ont pas de concession maritime, et qui viennent le soir ou la nuit et piller le parc.
Le motu est bien propre, ratissé sous les cocotiers. Il y a des bancs, des tables, des cabanes. Revi explique que normalement, il y a beaucoup d'américains qui viennent ici. Mais depuis la faillite du Renaissance, il n'y en a plus et même le gardien du motu est parti.
Si nous voulons, il peut nous déposer demain sur le motu et nous reprendre le soir quand il viendra voir son parc. OK!
Deuxième repas à l'Hibiscus, où nous sommes toujours seuls: jus de goyave, terrine de poisson et tartare de thon. Nous réservons pour demain, jour de bringue. Coucher à 20h30, Chantal est fatiguée et son pied porte une grosse ampoule juste derrière la trace de l'ancienne.
Il fait un temps superbe et nous sommes bien installés presque sous les cocotiers, nous avons de l'eau dans la réserve, de quoi faire une bonne toilette
Revi rentre du marché d'Uturoa vers 9h30 et nous conduit au motu. Nous avons emporté le grand sac avec des provisions et du matériel.
Nous nous installons dans un petit abri. Nous sommes seuls sur ce motu, mais bientôt quelques bateaux arrivent, des gens s'installent, des familles se baignent, d'autres bronzent.
Chantal épargne son ampoule en bouquinant. Hubert va voir les poissons dans les coraux, puis revient prendre un tournevis et chausser ses pataugas. A midi, il a pris 6 ou 7 bénitiers, que Chantal nettoie.
Une jolie vahiné arrive. Elle a vu de loin Chantal nettoyer les bénitiers. -"j'ai pensé que tu n'avais sûrement pas de citron vert, je t'en ai apporté."
Et d'emblée, elle nous propose de venir manger avec elle et ses copines.
100 mètres plus loin, nous nous asseyons à une table. Elle s'appelle d'un nom aussi charmant qu'imprononçable, mais qui signifie "grande princesse", elle descend d'une famille royale, sa famille possède une partie de ce motu, et elle organise avec son bateau et son mari, des tours de Raiatea et Tahaa.
Belle, souriante, bavarde, elle ouvre une grande glacière et nous offre mangues, ananas, corrosol, bière, ... Ses copines ont fini de manger, elles l'écoutent, nous aussi, presque fascinés.
Elle demande à Chantal : "Tu as des enfants?" - oui, nous avons quatre filles." Elle sort une petite boîte, et puise dedans quatre fleurs de nacre montées en colliers. -"C'est pour tes filles, c'est moi qui les ai faites, j'ai une petite ferme perlière. Et pour toi, Chantal, voici une boucle de paréo en nacre, ça se met comme ça. Et pour toi Hubert, une fleur pour homme."
Vers 15h, nous laissons notre princesse à son mari qui veut repartir avec le bateau, et allons faire trempette. Revi arrive alors que nous sommes bien loin dans les coraux. Nous nous dépêchons de rentrer, il s'assied sur la plage et attend tranquillement que nous ayons fini de ranger nos affaires.
Chez Revi, son frère a déjà commencé à faire des paquets de poissons.
On essaie de retenir les noms des différents poissons, mais ce n'est pas commode. -"Combien de noms de poissons différents connais-tu? " Il réfléchit, et répond :"plein!"
Chantal va rincer le linge à la maison et nous regagnons la tente. Hubert a les pieds et les mains qui pèlent, et des petites courbatures aux mollets (à force de palmer). Chantal a encore mal à son ampoule, bon état général.
Wendy vient nous rejoindre devant la tente, avec des noix de coco. Elle nous présente sa soeur, qui travaille à Papeete et qui est venue avec sa fille. On s'assied et on discute.
Elles admirent la tente, on compare nos climats,... le froid, la neige, elles ont vu à la télé, mais quelle impression ça fait, et -"Quand il fait froid, les gens meurent?"
Elle nous explique que ce soir samedi, elles ne vont pas se coucher: elles vont préparer du poisson cru et des firifiris (beignets) pour vendre dimanche à l'épicerie, tandis que les hommes vont partir à 23h au parc à poissons, ils vont dormir dans le bateau, puis récolter le poisson pour être à 4 h au marché d'Uturoa. Ils reviendront à 6h pour prendre un café et dormir.
19h, nous arrivons à l'Hibiscus. 6 tables de 8, ce sera complet ce soir. Déjà des voiliers ont jeté l'ancre dans la baie, et les annexes arrivent.
Car c'est clair, la clientèle de Leo, ce sont les voiliers, dont les skippers ont laissé depuis des décennies une dédicace, un compliment, un dessin ou des photos dans ces livres d'or qui forment une pile impressionnante sur la table près de l'entrée. Leo nous place, et chacun a droit à une couronne de fleurs de tipanier bien odorante. Le couple en face de nous vient de Limoges, et font Tahiti-Bora en catamaran-charter. Leur skipper est un jeune barbu qui surveille ses ouailles et veille à ce qu'elles ne manquent de rien.
Les musiciens se mettent en place, les danseuses se préparent, on commence par des démonstrations de paréo, par une danseuse, par un musicien, et c'est au tour du public de passer sur scène, à l'appel de l'animateur. Notre voisine d'en face est de plus en plus inquiète, elle ne veut surtout pas qu'on l'appelle. C'est un jeune homme qui recueille le plus d'applaudissements, en portant de bonne grâce un paréo monté en barboteuse du plus comique effet.
Sur scène, les musiciens commencent par les percussions, et les danseuses entrent et dansent le tamure.
21h, le buffet est prêt. Leo assure la direction des opérations, et , table par table, nous allons nous servir de poisson cru, mahi-mahi, crudités, pâte de farine et coco (on a oublié le nom) enveloppée dans une feuille, cochon, salade de fruits, po'e de bananes,...
Petit intermède, un musicien costaud fait une démonstration de râpage de coco express accompagné d'une musique endiablée.
Le public est invité à monter sur scène et à danser le tamuré. Les danseuses expliquent,
puis rectifient les positions et les gestes. L'orchestre joue doucement.
Puis pour animer un peu plus, voici qu'il faut se tenir par les épaules au son de "A la queue-leu-leu." Hubert fait remarquer à Léo que cela ne sonne pas très polynésien, il répond que les musiciens font ce qu'ils veulent. Point.
Vers 23h30, dernières chansons, une qui dit "Maruru roa" (merci beaucoup), et l'autre qui dit "adieu et ne revient jamais" , en français dans le texte.
Nous restons un peu avec les musiciens, et le "contrebassiste" montre à Hubert tous les sons qu'on peut tirer d'une contrebasse-poubelle, instrument typique de l'orchestre.
Le gros qui avait râpé le coco nous propose de venir demain visiter sa vanilleraie, c'est le bon moment parce qu'elle est en fleurs, ça ne coûtera que 1000 cfp par personne à condition qu'il y ait au moins 4 visiteurs. Il n'a pas de succès.
Vient le moment de l'addition : 10920 cfp. Heureusement que Léo prend la carte visa. Il nous explique que l'orchestre lui prend 40000.
Nous repartons dans la nuit en clopinant, couronne par-dessus la frontale.